Comprendre la négligence émotionnelle parentale.
- Calyxte M

- 12 mai 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 mai 2025

On parle souvent de maltraitance physique, mais beaucoup plus rarement de celle qui ne laisse pas de bleus, celle qui est invisible aux yeux des autres, mais bien réelle pour l’enfant qui la subit.
La négligence émotionnelle parentale passe généralement inaperçue, même aux yeux de ceux qui en sont responsables. Pourtant, ses effets peuvent marquer durablement un enfant.
Il s’agit d’un manque de réponse aux besoins affectifs et émotionnels de l’enfant : ne pas l’écouter quand il exprime ce qu’il ressent, minimiser ses émotions ou pire, les ignorer complètement. Cette forme d’oubli peut sembler anodine, mais elle laisse des traces profondes.
Dans cet article, je te propose de mieux comprendre ce qu’est la négligence émotionnelle parentale : comment elle se manifeste, pourquoi elle est si difficile à repérer, quelles conséquences elle peut avoir à l’âge adulte… et surtout, comment on peut s’en libérer.
C’est quoi la négligence émotionnelle parentale ?
La négligence émotionnelle, ce n’est pas un manque d’amour. Il n’est pas question de violence volontaire ou de cris récurrents dans la maison. Non, c’est bien plus subtil que ça. Il s’agit de l’absence de réponse aux besoins émotionnels d’un enfant. Et en majorité, cela se fait sans mauvaise intention ni sans réelle conscience du parent.
Un parent peut aimer son enfant et ne pas savoir accueillir ses émotions, ni être en mesure de les recevoir, ni lui offrir un espace où il pourra les exprimer. Par simple maladresse ou ignorance, le parent va minimiser ce que l’enfant ressent.
“Tu es trop douillet” “C’est seulement dans ta tête” “Tu pleures pour rien” “Ce n’est pas grave”
Ces propos peuvent paraitre banals, mais le message qu’ils peuvent renvoyer à l’enfant est loin de l’être. En effet, l’enfant va pouvoir penser qu’il ne mérite pas d’être entendu, que ses émotions sont un problème et que ce problème vient de lui. En réponse à cela, l’enfant risque d’étouffer ses sentiments pour ne pas déranger.
La négligence émotionnelle, c’est aussi :
Ne pas prêter attention à l’état émotionnel de l’enfant
Faire passer ses besoins avant ceux de l’enfant selon notre propre état émotionnel
Ne pas remarquer sa tristesse son anxiété ou sa peur.
Lui faire sentir, même indirectement, que ses émotions sont un fardeau.
Et parce qu’elle est silencieuse, cette forme de négligence parentale est rarement identifiée. Que ce soit par le parent ou pour l’enfant. Pourtant, elle laisse des marques et a un réel impact sur la construction de l’enfant qui vit une véritable solitude intérieure.
Comment ça se manifeste dans l’enfance ?
Lorsqu’un enfant ne reçoit pas de réponse adéquate à ses besoins émotionnels, il développe des stratégies d’adaptation pour continuer à exister dans un environnement qui ne le reconnaît pas pleinement. Ces stratégies ne sont pas conscientes, elles sont des mécanismes de survie.
L’enfant invisible :
C’est celui qui ne demande rien, ne dérange jamais. Il tait ses émotions, évite de se plaindre, fait tout pour ne pas créer de “problèmes”.
Il prend sur lui l’harmonie du foyer, comme si sa discrétion pouvait préserver la paix familiale. En réalité, il apprend très tôt à intérioriser sa tristesse, sa peur, sa solitude, sa colère, parce qu’il sent, au fond, qu’il n’a pas le droit d’exister pleinement.
L’enfant parfait :
Obéissant, sage, toujours d’accord. Cet enfant devient “facile à vivre”, presque trop. Il ne contredit pas, ne s’oppose pas, ne fait pas de bruit.
Mais ce comportement n’est pas le reflet d’un bien-être :
C'est une tentative désespérée de s’attirer l’amour et la reconnaissance en étant irréprochable. À force de jouer ce rôle, il se coupe de ses besoins réels… et s’enferme dans une solitude émotionnelle silencieuse.
Quelles sont les conséquences à l’âge adulte ?
Difficultés à identifier ses émotions :
Les adultes ayant subi de la négligence émotionnelle dans leur enfance peuvent rencontrer des difficultés à reconnaître, comprendre ou exprimer ce qu’ils ressentent.
Certaines émotions trop intenses, comme la tristesse, la colère ou la peur, deviennent alors insupportables.
Le corps et l’esprit se déconnectent : c’est ce qu’on appelle la dissociation. Une stratégie de survie qui devient parfois un frein à l’âge adulte.
Une estime de soi fragilisée, des relations complexes :
La négligence émotionnelle laisse souvent un vide intérieur. Un sentiment d’être “de trop” ou “pas assez” qui mine l’estime de soi.
Beaucoup d’adultes concernés se sentent illégitimes, vivent avec le syndrome de l’imposteur, ou pensent ne pas mériter l’amour.
Cela peut aussi se manifester dans les relations : difficultés à s’engager, à faire confiance, à se sentir en sécurité avec les autres.
Certaines personnes développent un profil évitant : face à l’intimité, elles prennent la fuite. Elles coupent le lien pour éviter de souffrir, parfois sans même comprendre pourquoi.
Mon expérience personnelle :
Je fais partie de ces personnes qui ont du mal à exprimer leurs émotions profondes. J’ai appris à réprimer la tristesse, à camoufler la colère. Dans mes relations sociales, l’anxiété est souvent présente. Et parfois, dans des moments trop intenses… je dissocie.
Je me souviens du jour où ma grand-mère est décédée. C’était la personne dont j’étais la plus proche. Et pourtant, je n’ai pas pleuré. Je n’ai rien ressenti.
Aujourd’hui encore, je vis avec ce paradoxe : j’ai l’impression d’avoir fait mon deuil… mais en même temps, j’ai le sentiment de ne jamais avoir intégré sa perte. Comme si quelque chose était resté figé en moi.
Je suis une personne hypersensible. Je ressens tout, très fort. Mais dès qu’il s’agit de mes propres émotions, un vide m’envahit. Comme un trou noir qui aspire ce que je ne sais pas gérer. Et ce vide, je sais d’où il vient. C’est le résultat d’une négligence émotionnelle vécue dans mon enfance.
Pourquoi les parents ne s’en rendent pas compte ?
La vérité, c’est que beaucoup de parents ne se rendent même pas compte qu’ils négligent émotionnellement leur enfant. Ce n’est pas qu’ils ne les aiment pas. Ce n’est pas qu’ils veulent leur faire du mal. C’est souvent parce qu’ils n’ont jamais appris à faire autrement.
Des blessures qu’on se refile sans le vouloir
Si toi-même t’as grandi dans une famille où on ne parlait jamais des émotions, où pleurer c’était "pour les faibles", où t’entendais souvent , “tu fais des histoires pour rien."
Eh bien… tu risques de répéter ça, même sans le vouloir. Parce que c’est ce que tu connais. Parce que tu n'as jamais vu d’autre modèle.
La société qui valorise le contrôle
On vit aussi dans une société qui valorise les gens forts, efficaces, qui gardent le contrôle.
Résultat : certains parents pensent bien faire en disant des trucs comme :
“Allez, c'est pas grave” ou “sois fort·e”.
Mais pour un enfant, ce genre de phrase, ça veut dire : “ton émotion ne compte pas”. Et c’est là que se crée le décalage.
Quand on a été un enfant négligé émotionnellement, on fait quoi ?
Déjà, on respire. Tu n’es pas bizarre. Tu n’es pas faible. Ce que tu ressens est légitime.
Comprendre ce qu’on a vécu
La première étape, c’est de mettre des mots sur ce qu’on a traversé. Parce que quand on comprend, on se libère déjà un peu. Lire, écouter des témoignages, en parler… tout ça, ça aide à voir clair. Et surtout à arrêter de minimiser ce qu’on a ressenti.
Avancer à son rythme
Guérir, ce n'est pas linéaire. Il y a des jours où tu vas te sentir mieux. Et d’autres où tu retomberas dans tes vieux schémas. C’est normal. La thérapie peut aider, vraiment. Il y a aussi plein de ressources (livres, podcasts, contenus en ligne) pour t’accompagner. Ce qui compte, c’est d’y aller à ton rythme, sans te juger.
Et si je suis parent ?
Tu ne veux pas reproduire ce que t’as vécu ? C’est déjà une super base. Tu n'as pas besoin d’être parfait·e. Juste d’être là, présent·e, à l’écoute, et prêt·e à réparer quand tu te plantes (parce que tu te planteras parfois, et c’est ok).
Valider avant de chercher une solution
Parfois, ton enfant aura juste besoin que tu l’écoutes, sans juger, sans chercher à “corriger”. Juste lui dire : “je comprends que tu sois triste”, “je vois que tu es en colère, et c’est ok”. Ça, c’est puissant.
Apprendre ensemble
Tu peux grandir avec ton enfant. Apprendre à poser des mots sur ce que tu ressens, à parler de ce que tu vis. Ce n'est pas toujours facile, mais ça construit une vraie relation, solide. Et surtout, ça montre à ton enfant qu’il a le droit de tout ressentir, lui aussi.
Conclusion
La négligence émotionnelle, ce n'est pas un cri. C’est un vide. Une absence. Et pourtant, ça laisse des cicatrices profondes. Mais on peut toujours réparer. Quand on comprend, quand on met des mots, on commence à briser le silence. Et ça, c’est déjà énorme.
Que tu sois en train de guérir ou d’essayer de faire autrement avec tes enfants, rappelle-toi :
Ce que tu ressens compte. Tu comptes.
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